<< Juste avant de m'endormir, quand je m'enmerde vraiment je m'allonge et cogite un moment jusqu'à sombrer dans un état de semi-conscience hypnotique, que certains appellent le rêve éveillé, d'autres planer. J'ai l'impression de ne pas être là et ça n'a aucune importance parce que j'en ai marre de me trouver dans des situations et des conversations ennuyeuses, chaque jour ressemble à un sitcom de base, certains appellent ça la pensée mais quand je suis dans cet état d'esprit particulier j'oublie de penser et tout devient pure observation. Je perçois des choses de façon aiguë, si par exemple je me concentre assez, je peux voir des petites traces de résidus transparents dans le coin externe de mes yeux (ou alors c'est une conjonctivite). Je peux les suivre tandis que mon regard descend, c'est comme regarder un film avec des amibes ou de la gelée, comme observer du plancton au microscope. Et si je ferme les yeux et regarde en direction du soleil le flamboiement orange vif dessine le tracé intense de cellules sanguines, ou ce que j'imagine être des cellules sanguines. Elles bougent très rapidement et une fois de plus, je ne tiens pas longtemps avant que mes yeux ne se fatiguent et je dois détourner le regard du soleil vers l'oreiller et me frotter les paupières très fort et là je vois des petites sphères de lumière étincellante - certains appellent ça des étoiles - qui ne durent qu'une seconde puis j'ouvre à nouveau mes yeux mouillés de larmes à cause du frottement et regarde le ciel loin du soleil et oublie tous ces putains de petits trucs à la con s'agitant au coin de mes yeux ou la vision en gros plan des cellules sanguines sous mes paupières et je regarde le ciel tout entier et je n'essaie même pas mais je vois se dessiner dans les nuages toutes sortes de visages, objets, statues et je peux faire la même chose avec les panneaux de bois qui recouvrent mes murs.
Une fois j'ai vu Jésus sur une carapace de tortue. >>
_ Kurt Cobain
<< L'amour est une sorte de préjugé. Tu aimes ce dont tu as besoin, tu aimes ce qui te fais plaisir, tu aimes ce qui est pratique. Comment peux-tu dire que tu aimes quelqu'un alors qu'il y a des dizaines de milliers de personnes au monde que tu aimerais plus si tu les rencontrais? Seulement, tu ne les rencontreras jamais. >>
<< Tu sais ce que c'est Toi la solitude? Tu sais ce que c'est? La solitude, celle du hasard, Tu sais bien la solitude, celle dans laquelle on se noie à petit feu, comme une drogue dans le sang, celle qui vous arrache au néant et qu'on ose appeler la vie, celle qui fait qu'on doit bien couper le cordon, la solitude de l'orphelin qu'on trimballe de foyer en foyer et qui sait plus son nom, celle de celui qu'on appelle gosse de riches et qui passe ses nuits entières à mouiller ses draps parce qu'il a oublié si ses parents étaient morts ou en voyage, celle de Poil de Carotte qui se prend des cailloux à chaques récréations, celle de celle qui, une fois donné l'Infini, se retrouve seule le ventre vide, celle de ceux que les parents s'échangent de week-end en week-end sur une place de parking, celle du père qui marie sa fille, celle de ceux qui voient leur vie perdue à trop avoir voulu la gagner, et celle de celui à qui on a volé le toit pour lui offrir la rue. Tu la connais Toi? Non. Toi Tu fais semblant, non, Toi T'écoutes, plein de Ta foutue sagesse, les pauvres gens comme moi qui, épris d'on ne sait quelle nostalgie, Te parlent encore. La solitude c'est cette pute de vie qui vous croise un matin, vous baise toute la nuit, puis vous fait payer le prix du voyage par le retour à la case départ, le néant. Qui a demandé à avoir faim? Qui a demandé à hurler à l'agonie de jour en jour un peu plus comme un poisson le ventre en l'air? Personne. Voilà donc un don du ciel! Tu sais, Toi qui fais construire des églises, des mosquées, des temples... Tu sais, Toi la perfection, Toi le Bien Incarné, Tu pourrais réfléchir parfois. De toute façon Tu comprends rien, T'es nul, j'en ai marre de Te parler tous les jours, Tu T'en fous, pauvre égoïste. Après tant d'années à Te parler du matin au soir, Tu sais toujours pas aligner trois mots. Fais attention! Un jour je ne serai plus là et Toi Tu seras tout seul. Faudra pas pleurer parce que sans moi T'es rien Tu sais. Je le jure, un jour je partirai, et quand je partirai, Tu verras la solitude. >>
_ Damien Saez
<< Tout s'achète. L'amour, l'art, la planète Terre, vous, moi. Surtout moi. L'homme est un produit comme les autres, avec une date limite de vente. Je suis publicitaire. Je suis de ceux qui vous font rêver des choses que vous n'aurez jamais. Le ciel toujours bleu, le bonheur parfait retouché sur photoshop. On croirait que j'embellis le monde. Perdu. Je le bousille. Tout est provisoire. L'amour, l'art, la planète Terre, vous, moi. Surtout moi.
Pour moi, tout avait pourtant si bien commencé. L'ambiance était bonne, le DJ excellent, la température agréable, les filles superbes, l'alcool à gogo, la drogue de qualitée. Mes 33 années ont été réussies. Mais je ne vais pas travestir la véritée, je ne suis pas un gentil garçon... Je suis une grosse merde. Un héros moderne quoi. Je suis désolé d'être tellement en avance sur vous, mais c'est moi qui décide aujourd'hui ce que vous allez vouloir demain. Je vous drogue à la nouveautée. Et l'avantage de la nouveautée c'est qu'elle ne reste jamais neuve longtemps. L'idéal, serait que vous commenciez par me détester avant de détester l'époque qui m'a créé. Donc voilà, je me prénomme Octave. Octave Parango. J'ai passé ma vie à vous mappuler contre 75.000 Francs par mois. Quand à force d'économie, vous réussirez à vous payer la bagnole de vos rêves, je l'aurait déjà démodée. Je m'arrange toujours pour que vous soyez frustré. Je suis celui qui pénètre votre cerveau, je jouie dans votre hémisphère droit. Votre désir ne vous appartient plus, je vous impose le mien. Jamais crétin et irresponsable n'a été aussi puissant que moi depuis 2000ans. >>
_ 99F